Wednesday 17 November 2004, 01:30
La mort est mon amie
J'aurais aimé en faire un texte plus long, plus structuré, mais je pense que finalement, je n'ai pas l'étoffe nécessaire à l'écriture de long texte. J'aime écrire impulsivement. Quand je commence à chercher mes mots, c'est que je m'essoufle, que la lueur au bout du tunnel s'estompe. J'écris sur mon humeur du moment, qui est, ceux qui suivent le moodlog l'auront peut-être remarqué, extrêment versatile (bien qu'on puisse noter une certaine constance ces derniers temps).
J'ai donc écris ce texte impulsivement, j'ai eu l'idée du titre (je demande d'ailleurs a Robert Merle de me pardonner la grande ressemblance avec un titre d'un ses livres, livre dont je vous recommande d'ailleurs chaudement la lecture), et je me suis dit, il me faut un texte avec ce titre. J'étais en train d'écrire Ertfudge, et étant d'un naturel impatient, j'ai donc un peu baclé Ertdfuge pour commencer rapidement La mort est mon amie (d'où la fin un peu chaotique d'Ertfudge, désolé).
Autour de moi, tout n'est que désolation. Je sens la rugosité des touffes de mauvaise herbe frotter contre ma peau tandis que je me terre, que je tente déséspérément de m'enfoncer dans le sol, de retourner à cette terre si accueillante dans sa sombre sérénité. Les voix se taisent pour un temps, juste un instant, le silence n'est perturbé que par le vent qui se ballade et joue capricieusement dans les feuilles des platanes. Puis le chaos recommence, j'entends mes camarades crier, courir, tomber, fauchés par les tirs ennemis aussi brutalement que par la faux du Faucheur. Je me recroqueville derrière le bout de muret qui m'offre sa protection, qui m'offre la vie pour l'instant. Je pourrais me lever, charger, oublier tout ce que j'ai dans cette vie. Je devrais. Je sais que ne risque rien, la Mort est mon amie. Un corps s'effondre à côté de moi. Un rapide coup d'oeil, j'ai déjà vu cette tête quelque part. Peu importe à présent, ses yeux me fixent, semblent m'implorer. Des larmes de sang commencent à en couler, dégringolent le long des joues de mon infortuné camarade tombé au combat. On dit qu'au moment de la mort, notre vie défile devant nos yeux. Je sais que c'est faux. La Mort est pressée, elle n'a pas le temps d'attendre. J'aperçois a la limite de mon champs de vision sa silhouette. Grande et massive, sombre, trop sombre. Je sens son regard posé sur moi. Je sais qu'elle m'aime, elle me l'a dit.
La ruelle est sombre et humide. Je claque fébrilement la porte derrière moi et me met à courir comme si ma vie en dépendait. C'est le cas après tout. Sur mon passage la population locale s'éparpille, rats, souris, chats errants, tous ont peur de cette créature haletante qui fait intrusion dans leur vie étriquée. La porte s'ouvre à la volée, claque contre le mur et vomit une bande d'hommes hurlant. Je cours plus vite, mes poumons brulent, mon coeur crie pitié. Pourtant je sais. Je sais que cette fois encore, le Mort est mon amie. Je trébuche et m'étale dans une flaque d'eau. Le bruit mat de mon crâne s'écrasant sur le sol me révulse, je crie, la boue s'insinue dans ma bouche, je ne sens plus mes jambes. Poussé par l'instant, je rampe et tente déséspérément de me relever. Les cris ont cessés, remplacés par le silence oppressant caractérisant Sa présence. J'aperçois sa silhouette au loin, grande, massive et sombre. Trop sombre.
Le ciel est noir aujourd'hui. Est-ce vraiment le ciel ? Tout est noir autour de moi. Un noir si grand, si imposant, qu'il en fait oublier l'existance même de la lumière. Je ne vois pas. Il n'y a rien à voir. Je n'entends pas. Il n'y a rien à entendre. Je suis. Il n'y a que cela à faire en ce lieu. Je ne ressent que Sa présence. Grande et massive. Je suis seul avec Elle. Définitivement seul avec la pire amie qu'on puisse avoir. La Mort est mon amie. Pour maintenant et à jamais.
8 comments
Terrible
Vraiment superbe
Non moi je ne dirais pas ça, je dirais plutot flippant, étrange, angoissant... Tu décris une sensation qui prend à la gorge, qui nous coupe le souffle, un sentiment qu'on ne ressent que en de rare fois dans la vie mais qui nous apaise et nous bouleverse en même temps... EN tout cas, c'est un texte magnifique !
wow
Fais-tu partie des six derniers survivants de la guerre de 14-18 ?
Extraordinaire !!!
c est une merveille de lire ce texte !!!!!
magnifique
ouep, vraiment tres bien! En lisant çà j'ai revu des images de film...la guerre...la haine... Moi je dirais que la mort est ptetre une bonne chose, au même titre que la naissance, parce que çà fait partie de la vie... simplement... Ils y a des chemins pour y arriver...venir, partir... Des beaux et des pas beaux... La vie peut devenir tellement infernale qu'il vaut mieu partir? Là tu nous décris le pire, le plus abominable, obscur, injuste et stupide et... vain.
mon fils,
ton texte est magistral, somptueux, de très bonne facture : je dirais de la bonne littérature mais son contenu est angoissant et j'aimerais savoir si cé de la fiction ou le reflet de ton état d'ame.....ce ki m'inkiéterait réellement....je t'aime et n'aimerais pas que "la mort soit ton amie"....ton inconditionnelle mum....
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